Clarifier les deux modèles et leurs contraintes
Le paiement in-app (IAP) s’appuie sur les mécanismes natifs des stores (Apple et Google) : l’utilisateur paie avec son compte, dans un flux standardisé, et la transaction est gérée par l’écosystème du store. Le paiement externe, lui, redirige vers un paiement web (ou un SDK de paiement hors store) pour finaliser l’achat, souvent via une page sécurisée et un prestataire (PSP) comme Stripe, Adyen ou Checkout.com.
En pratique, le choix n’est pas toujours libre. Les stores encadrent fortement la vente de contenus et fonctionnalités numériques consommées dans l’app (abonnements, crédits, contenus premium, fonctionnalités débloquées). À l’inverse, pour des biens et services physiques (livraison, transport, e-commerce, billetterie physique, restauration), le paiement externe est généralement accepté et souvent plus logique. Les politiques évoluant régulièrement selon les pays, les catégories d’apps et les décisions réglementaires, prévoyez une étape de vérification systématique des règles applicables avant de figer l’architecture.
Au-delà du cadre store, la question centrale est : où créez-vous le plus de valeur, et à quel coût opérationnel ? Pour poser la base, listez précisément :
- Ce qui est vendu (numérique vs physique, one-shot vs abonnement, panier moyen).
- Où la valeur est consommée (dans l’app, sur le web, sur plusieurs plateformes).
- Votre besoin de contrôle (pricing, promotions, bundles, gifting, facturation B2B).
- Vos contraintes légales (TVA, factures, SCA/3DS, RGPD, lutte anti-fraude).
Impact business : marges, pricing et contrôle de la relation client
Le paiement in-app apporte un avantage majeur : une conversion souvent plus élevée grâce à la confiance et à la simplicité (moyens de paiement déjà enregistrés, validation biométrique, parcours connu). En contrepartie, vous payez des commissions et acceptez un cadre plus rigide : règles sur la communication dans l’app, gestion de certaines promotions, contraintes sur les prix et les offres, et dépendance aux mécanismes de remboursement.
Le paiement externe donne davantage de maîtrise :
- Stratégie tarifaire : promotions, coupons, offres d’essai, bundles multi-produits, pricing par segment.
- Unification web + mobile : même back-office, même logique de facturation, mêmes règles de TVA, même catalogue.
- Relation client : collecte plus complète des données transactionnelles (dans le respect du RGPD), meilleure capacité de relance, gestion fine des impayés, facturation entreprise, paiements récurrents plus personnalisés.
Mais cette maîtrise a un coût : intégration et maintenance du parcours, gestion des litiges (chargebacks), support client plus lourd, conformité PCI, et responsabilité plus directe sur la fraude. Le bon raisonnement n’est donc pas “moins cher vs plus cher”, mais “coût total vs valeur totale”.
Conseil opérationnel : modélisez le ROI avec une approche chiffrée.
- Comparez marge nette (après commissions, frais PSP, fraude, support) et revenu net (après remboursements/chargebacks).
- Mesurez l’impact sur conversion, rétention, LTV et taux de réactivation.
- Ajoutez un poste “risque et conformité” (temps juridique, audits, refonte en cas d’évolution des règles).
Sur mobile, chaque étape de friction coûte des points de conversion. L’in-app est imbattable sur la rapidité : pas de saisie de carte, pas de rupture de contexte, et un parcours familier. C’est particulièrement décisif pour :
- Les micro-achats (crédits, consommables, options à faible panier).
- Les achats impulsifs (déblocage immédiat, offres limitées).
- Les utilisateurs peu enclins à entrer des informations de paiement.
Le paiement externe peut très bien performer, à condition d’être optimisé comme un produit à part entière :
- Page de paiement ultra-rapide (temps de chargement, auto-complétion, wallets).
- Retour fluide dans l’app (deep links, reprise de session, écran de confirmation clair).
- Minimisation des erreurs (pré-remplissage, gestion réseau instable, retries contrôlés).
- Transparence sur la sécurité et la confidentialité.
Un point souvent sous-estimé : la continuité multi-plateforme. Si vos clients utilisent web + iOS + Android, l’externe facilite une logique d’abonnement “unifié” (même compte, même facturation), tandis que l’in-app peut fragmenter la gestion (abonnements gérés par store, règles de restauration d’achat, gestion du changement d’appareil). Il n’y a pas de bon choix universel : une app centrée sur le mobile peut privilégier l’in-app, tandis qu’un produit déjà mature sur le web peut rechercher l’unification.
Bonnes pratiques UX (valables dans les deux cas) :
- Affichez clairement ce qui est inclus, le prix, la fréquence, et les conditions d’annulation.
- Proposez des écrans “Gérer mon abonnement” et “Aide au paiement”.
- Instrumentez chaque étape (vue offre → clic achat → succès → échec) pour identifier les chutes.
Avec l’in-app, vous externalisez une partie du risque et de l’effort :
- Le store gère une grande partie de la sécurisation du paiement.
- Les remboursements et certaines contestations suivent des processus standardisés.
- La mise à jour des moyens de paiement et l’authentification forte sont largement prises en charge.
Avec l’externe, vous devez construire (ou acheter) cette robustesse :
- Sécurité : PCI DSS (à minima via un prestataire), gestion des tokens, protection contre l’injection, journalisation maîtrisée.
- Conformité : SCA/3DS selon les zones, règles de TVA, facturation, conservation des preuves.
- Fraude : scoring, règles, blocage, listes, et traitement des chargebacks.
- Support : parcours de remboursement, annulation, réclamations, questions “je n’ai pas reçu l’accès”.
Dans les deux modèles, la fiabilité “post-paiement” est critique. Le vrai sujet technique est souvent l’architecture d’accès : comment un paiement se traduit-il en droits dans votre système (entitlements) ?
- Utilisez un modèle d’autorisations clair (produit → droit → durée → état).
- Faites une validation serveur systématique des preuves de paiement.
- Gérez les cas limites : achat en double, restauration, annulation, expiration, renouvellement échoué, période d’essai.
- Centralisez les événements (webhooks, notifications store) dans une couche “billing” testable.
Pour structurer ce travail, vous pouvez vous inspirer de la démarche produit/tech mise en avant par Kosmos sur son site et formaliser une phase de cadrage : exigences légales, critères de succès, instrumentation et plan de test.
Une méthode de décision pragmatique : matrice de choix et checklist
Plutôt que de trancher “à l’instinct”, appliquez une matrice simple sur 10 points par critère (pondérés selon votre business). Exemple de critères :
- Conformité store : votre modèle est-il compatible sans contournement ?
- Conversion attendue : quel est l’écart estimé sur mobile ?
- Marge nette : commissions vs frais PSP + fraude + support.
- Unification multi-plateforme : besoin d’un abonnement unique ?
- Vitesse d’itération : A/B tests, pricing, offres, coupons.
- Charge opérationnelle : support, remboursements, facturation.
- Risque : dépendance aux stores, risques de rejet, risques de fraude.
- Analytique : granularité des données nécessaires pour piloter.
- Roadmap : bundles, gifting, B2B, marketplaces, upsell.
- Expérience client : simplicité, confiance, cohérence.
Ensuite, découpez le projet en décisions concrètes :
- Quels produits passent en in-app, lesquels restent en externe ?
- Quel parcours pour les utilisateurs existants (migration, grandfathering) ?
- Comment gérez-vous les droits : côté store, côté serveur, ou hybride ?
- Quel plan de mesure : KPI, événements, cohortes, suivi des erreurs ?
Cette logique “décision → instrumentation → itération” s’aligne bien avec une approche structurée type discovery/delivery. Si vous cherchez un cadre reproductible, la page méthodologie peut vous servir de base pour formaliser ateliers, hypothèses, tests et jalons.
Cas d’usage concrets et recommandations actionnables
Voici des scénarios fréquents et des choix souvent pertinents (à adapter à vos règles store et votre contexte) :
- Application de contenus premium 100% numériques (abonnement, accès illimité)
Souvent : paiement in-app pour limiter la friction et rester aligné avec les attentes store. Optimisez la valeur perçue (essai, offres annuelles) et sécurisez la gestion des droits côté serveur.
- SaaS B2B : comptes entreprise, factures, contrats annuels
Souvent : paiement externe, car la facturation et la relation contractuelle sont centrales. Travaillez l’onboarding mobile pour ne pas perdre l’utilisateur lors de la redirection, et prévoyez un “mode lecture” si l’achat se fait ailleurs.
- Marketplace / réservation / e-commerce physique
Souvent : paiement externe, plus cohérent avec logistique, panier, remboursements et support. Priorité : performance de la page de paiement, wallets, et reprise d’état dans l’app.
- Jeu mobile et micro-transactions
Souvent : paiement in-app, car la conversion et la simplicité dominent. Les mécaniques de consommables et la restauration d’achat doivent être très robustes.
- Modèle hybride : app gratuite + options numériques + services physiques
Fréquent : mix des deux. La clé est la clarté : séparer les offres, éviter toute ambiguïté, et standardiser la couche “entitlements” pour que les droits soient cohérents quelle que soit la source de paiement.
Enfin, documentez vos arbitrages et capitalisez sur des retours d’expérience. Consulter des références d’équipes ayant mené des projets comparables peut aider à estimer l’effort réel (tech, produit, juridique, support) et à éviter les erreurs classiques : instrumentation insuffisante, gestion des droits fragile, ou support sous-dimensionné.
En synthèse opérationnelle, si vous devez prendre une décision rapide :
- Choisissez in-app si votre offre est numérique, mobile-first, sensible à la friction, et que vous privilégiez une mise en production rapide avec un cadre standard.
- Choisissez externe si vous avez besoin de contrôle (pricing, facturation, data), d’unification web/mobile, ou si votre produit dépend d’une logique contractuelle et de services au-delà du store.
- Choisissez hybride si votre catalogue mélange natures de produits et que votre architecture de droits est prête à absorber plusieurs sources de vérité.